POLEMIQUE AUTOUR DES MANIFESTATIONS A ROME

Published on décembre th, 2010

Sur la place du Peuple, il ne reste aucune trace des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre survenus le 14 décembre à Rome : le bitume endommagé par l’incendie de véhicule via del Corso a été refait, les panneaux de signalisations arrachés ou pliés ont été remplacés. Ce week-end, les Romains se sont précipités dans les boutiques du centre ville, pris dans la frénésie des derniers achats de Noël. Pourtant, six jours après le vote de confiance, les italiens s’apprêtent à vivre une semaine parlementaire agitée avec la présentation ce lundi au Sénat en troisième lecture de la réforme Gelmini sur l’université. Un texte qui devrait être adopté définitivement mercredi dans un climat de grande tension entre le gouvernement et les associations étudiantes qui prévoient une nouvelle mobilisation massive.

Car moins d’une semaine après les scènes de violences extrême dans les rues de la capitale, condamnées par l’ensemble de la classe politique italienne, les questions demeurent : qui sont vraiment les auteurs des violences? peut-on parler de groupes Black Bloc? y avait-il des infiltrés appartenant aux forces de l’ordre parmi les manifestants? Des photos largement diffusées dans la presse et sur internet ont en effet semé le doute sur la présence possible de policier en civil parmi les casseurs et poussé les parlementaires de l’opposition à réclamer des comptes au ministre de l’intérieur.  Anna Finocchiaro (sénatrice du PD):

«Nous voulons savoir qui étaient ces infiltrés, qui les a envoyés, qui les paie et ce qu’ils doivent provoquer».

Vendredi, les explications de Roberto Maroni au sénat n’ont pas clos la polémique : félicitant les policiers, la questure et le préfet de Rome pour leur gestion des incidents, le ministre a rejeté les hypothèses d’infiltrations et critiqué la décision de la magistrature de remettre en liberté 23 jeunes arrêtés mardi.

Le web s’enflamme

La Toile et les réseaux sociaux se sont littéralement enflammés au lendemain des événements avec des centaines de réactions et de témoignages contrastées, des soupçons, des accusations. Des dizaines de vidéos et les reportages amateurs ont été publiés sur le site Youreporter et repris par la majorité des journaux télévisés des chaînes nationales. Des images choquantes de voitures en flamme, de violence de rue aux allures de guérilla, des jeunes au visage camouflé par des cagoules ou des casques qui s’en prennent aux force de l’ordre à coup de barre de fer ou en lançant des bombes artisanales, des policiers qui tabassent des manifestants, l’agression d’un mineur de 15 ans frappé par un individu qui semblait défendre un véhicule de police puis s’incline sur le corps du jeune resté à terre avec un salut fasciste… Des images que les médias ont immédiatement rapproché des incidents du G8 de Gênes de 2001 et qui continuent de faire s’interroger les italiens, traumatisés par le spectre des «années de plomb».

Regardez la vidéo:

L’écrivain Roberto Saviano a publié une «lettre aux jeunes du mouvement» le 15 décembre, déchainant les réactions des lecteurs sur le site de la Repubblica avec plus de 650 commentaires. Sans mâcher ses mots, en pédagogue revendiqué de la contestation, l’auteur de Gomorra fait la morale aux manifestants:

«Chaque geste violent est un vote de confiance en plus donné au gouvernement Berlusconi. (…) Si tout se réduit à l’habituelle guerre de rue, ce gouvernement a gagné encore une fois. (…) Ce gouvernement en difficulté cherchera à tout prix à délégitimer ceux qui manifestent, il cherchera à terroriser les adolescents et leurs familles avec un message clair: envoyez-les manifester et ils rentreront couverts de sang (…) A présent, la chasse aux sorcière est ouverte; il y aura la volonté de montrer que ceux qui défilent sont violents. Il y aura la stratégie d’éviter que l’on se réunisse et que l’on exprime librement ses opinions.»

Des manifestants divisés

S’ils dénoncent unanimement la désinformation autour des incidents de mardi, rejetant l’utilisation par la presse des termes de «guérilla» ou de «black bloc», les acteurs mêmes de la manifestation – principalement des étudiants – apparaissent divisés:

  • Certains veulent rétablir «leur» vérité sur une explosion de violence qui symbolise surtout un ras-le-bol généralisé, la rébellion de jeunes révulsés par un système pourri où ils ne voient aucun avenir possible. Ils affirment que les débordements sont venus aussi du cortège «pacifique» – et pas seulement de casseurs extérieurs – qui chantait à l’unisson «à l’assaut de Montecitorio!». Le Link coordination universitaire qualifie le 14 décembre d’ »enterrement de la démocratie parlementaire italienne » et dénonce le silence d’une politique «muette et sourde». Si le collectif reconnait l’intrusion de groupes organisés, armés de pierres et de bouteilles qui ont utilisé les étudiants comme couverture, elle insiste sur la réalité de «la colère d’une génération» qui a participé spontanément aux affrontements lorsque le cortège s’est retrouvé confronté aux forces de l’ordre qui bloquait l’accès à la «zone rouge» au moment du vote des parlementaires.
  • De l’autre côté, des étudiants écœurés par la tournure des événements condamne la violence de «groupes extérieurs» qui n’ont rien à voir avec leur lutte contre la réforme universitaire. A l’image des Studenti Viola, qui publient un texte amer condamnant la radicalisation du mouvement où ils «remercient» le manifestant qui en lançant des pavés et brûlant des camionnettes «a rendu désormais inutile la moindre contestation contre la réforme Gelmini»: «Nous serons étiquetés comme violents et fermés au dialogue (…) on se souviendra seulement de nous pour les bûchés de la place du Peuple (…) Nous t’écrivons pour te dire que c’est à cause de tous ceux qui sont comme toi que rien ne change jamais dans ce pays».

Mobilisation maximum des forces de l’ordre

En prévision des manifestations étudiantes du mercredi 22 décembre, le maire de Rome Giovanni Alemanno a déjà annoncé que le centre de la capitale serait encore une fois bloqué avec une «zone rouge» protégée.

«Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour tenir loin du centre les manifestations».

Invoquant la nécessité d’une prévention de la violence, le secrétaire d’état à l’Intérieur Alfredo Mantovano a proposé vendredi d’étendre aux manifestations le DASPO (interdiction d’accéder aux manifestations sportives), un dispositif de prévention utilisé pour empêcher les supporters de foot violents de se rendre au stade, les tifosi identifiés comme dangereux étant notamment tenus de se présenter au commissariat pendant les matchs. Une idée qui divise la majorité et irrite l’opposition (le leader de l’Italie des valeurs Antonio di Pietro qualifie cette «interdiction d’accéder aux manifestations politiques de mesure fasciste qu’aucun état démocratique n’aurait envisagé») mais séduit le ministre Roberto Maroni. Aux micros de l’émission matinale Agora sur Rai 3, le président du groupe des sénateurs PDL Maurizio Gasparri qui s’est prononcé en faveur d’arrestations préventives lance un appel aux parents « Dites à vos enfants de rester à la maison. Ces manifestations sont fréquentées par des assassins potentiels. Il faut les éviter. » Pendant que le gouvernement prône la tolérance zéro, les étudiants s’organisent. Alors que le syndicat Rete degli studenti diffuse sur son site des exemples de lutte non violente (flashmob, avions en papier, grève de la faim…), l’Union des étudiants publie un message explicite qui annonce un début de semaine explosif:

« Notre objectif sera les palais du pouvoir, la zone rouge. Ce sera un siège ».

Suggestions de lecture sur le blog:

Soumettre un commentaire

Comment guidelines, edit this message in your Wordpress admin panel