Suite de l’analyse du classement établi par le sondage L’Espresso-Swg dans le dernier numéro de l’hebdomadaire.

Au lendemain d’élections régionales plutôt décevantes, le centre-gauche se cherche un nouveau leader pour relever le défit ultime: battre Silvio Berlusconi en 2013. Le sondage L’Espresso-Swg publié par l’hebdomadaire propose un palmarès de 7 candidats potentiels. Une distribution haute en couleurs avec une véritable répartition des rôles… Après Luca Cordero di Montezemolo, Pier Luigi Bersani et Nichi Vendola, arrivent Mario Draghi avec 9% et Beppe Grillo (8%).
Le gouverneur de la banque d’Italie, Mario Draghi, 62 ans (9%des sondés)

C’est un peu l’invité surprise de ce sondage où il se place en 4e position avec 9% des sondés. Cet économiste diplômé de l’université « La Sapienza » de Rome a fait l’essentiel de sa carrière comme grand commis de l’Etat: directeur général du Trésor de 1991 à 2001, il a été membre du comité monétaire de la CEE et du G7 et président du comité pour les privatisations. En 2002, il devient vice-président pour l’Europe de Goldman Sachs – ce qui constitue dans le contexte actuel la ligne la plus embarrassante de son brillant curriculum vitae.
Gouverneur de la Banque d’Italie depuis décembre 2005, il préside aussi le Forum de stabilité financière transformé par le G20 en Conseil de stabilité financière. Membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne), il serait surtout candidat à la succession du Français Jean-Claude Trichet à la présidence de la BCE fin 2011…
L’hypothèse d’une candidature en 2013 pour succéder à Silvio Berlusconi apparaît très improbable mais sa présence dans le sondage résulte peut-être de la médiatisation plus importante dont il a été l’objet depuis la crise financière.
L’humoriste qui veut changer l’Italie, Beppe Grillo, 61 ans (8% des sondés)

Dans les années 70, Beppe Grillo, découvert par le présentateur Pippo Baudo, devint un comique populaire dans les émissions de divertissement. A la fin des années 80, il entra dans le quotidien des Italiens en devenant la star d’une série de spots publicitaires pour les yaourts Yomo. Au début de la décennie suivante, on le vit beaucoup moins à la télé. Officiellement : il préférait se consacrer à la scène. Officieusement : son humour de plus en plus corrosif à l’égard du gouvernement, n’avait plus sa place sur le petit écran.
Très aimé du public, il débute alors une série de tournées mettant en scène une satire économico-écologique, son nouveau cheval de bataille: dénoncer (par l’humour) l’économie consumériste, la propagande commerciale et les comportements irresponsables envers la personne, la santé et l’environnement. Intuition géniale à l’époque où le développement durable et le bio ne sont pas encore à la mode.
En 2005, il ouvre son blog: http://www.beppegrillo.it. Succès colossal. Il devient le blog le plus populaire d’Italie. L’idée? offrir un espace d’information, d’expression libre puisque selon lui, la presse traditionnelle et la télévision ne permettent pas de s’informer correctement sur ce qui se passe réellement dans le pays.
Provocateur insupportable, véritable force de la nature, capable de tenir pendant des heures de spectacles des salles immenses, à parler seul sur scène d’arguments compliqués, d’économie et d’écologie, sans show ni paillette, Beppe Grillo met son talent d’orateur au service de la politique. Mais une politique 2.0, nourrie de nouvelles technologies, une interface participative d’engagement citoyen. Il initie diverses formes de manifestations et de mouvement de contestation pour combattre un système politique gangréné par la corruption, nettoyer le « parlement-poubelle » à l’image des « Vaffanculo day » en 2007.
Lors des élections régionales de 2010, il passe à la vitesse supérieur en présentant des listes « Mouvement 5 stelle« . Succès inattendu, un demi-million de voix pour le mouvement dans les 5 régions où il était présent. Le PD accuse le coup et digère mal. Grillo exulte et promet que ce n’est que le début.
Ses plus? Un réseau de « grillini » sur le web et sur le terrain avec des comités citoyens ultra-actifs partout en Italie. Une force de mobilisation qui tend à ramener aux urnes les déçus de la politiques et les jeunes de la génération internet.
Ses moins? Avec pour credo « ni de droite, ni de gauche mais en avant », Grillo a peut-être davantage vocation à jouer les trublions. Difficile de le voir s’allier avec le PD qu’il critique aussi durement que le parti de Silvio Berlusconi (PDL).
A demain avec Rosy Bindi et Roberto Saviano.

