Qui peut battre Berlusconi en 2013? C’est la question que pose cette semaine l’hebdomadaire L’Espresso.

Au lendemain d’élections régionales plutôt décevantes, le centre-gauche se cherche un nouveau leader pour relever le défit ultime: battre Silvio Berlusconi en 2013. L’actuel président du conseil pourrait en effet se présenter pour la 6e fois consécutive depuis 1994, à moins qu’il ne réussisse dans sa tentative de transformer l’Italie en République semi-présidentielle « à la française ». Il faut dire que le Cavaliere se verrait vraiment bien au Quirinale à jouer les présidents comme son collègue et ami Nicolas Sarkozy. Mais ce n’est pas, pour l’instant, le scénario le plus probable, les Italiens étant extrêmement frileux quand il s’agit de renforcer l’exécutif. Pour 2013, le sondage L’Espresso-Swg publié par l’hebdomadaire propose un palmarès de 7 candidats potentiels. Une distribution haute en couleurs avec une véritable répartition des rôles dont voici aujourd’hui le premier acteur:
Le grand patron dandy: Luca Cordero di Montezemolo, 63 ans (18% des sondés)

REUTERS/Max Rossi
Favori des plus de 65 ans selon le sondage qui le place en tête du palmarès, l’actuel président de FIAT et FERRARI est aussi le préféré des électeurs du centre (30%) et de centre-droit (17%) et même des sondés sans appartenance politique (21%). Issu d’une vieille famille de la noblesse piémontaise, Montezemolo incarne le succès à l’italienne.
Avocat de formation, passionné par le sport automobile, le « marquis » fait ses premières armes chez Ferrari dans les années 70. En charge de l’organisation du Mondial de football en 1990, il devient aussi vice-président exécutif de la Juventus. Malgré des investissements conséquents (achat de la star Roberto Baggio), le club échoue partout et on reproche à Montezemolo sa gestion dépensière. De retour à ses premières amours en 1991, il connait des années en or à la tête de Ferrari de 2001 à 2004, grâce aux victoires de Michael Schumacher en Formule 1 avant de prendre la direction de Fiat suite au décès de Umberto Agnelli.
Président de la Confindustria (le Medef italien) de 2004 à 2008, le « pluripresidente » Montezemolo a souvent la dent dure avec Silvio Berlusconi. 5e dirigeant le plus payé d’Italie d’après Il Sole 24 avec 5,1 millions d’€ en 2009, il a toujours exclu d’entrer en politique même si la chose publique le démange depuis quelques temps.
Premier pas décisif, la création à l’automne dernier d’une fondation « Italia Futura », une sorte de think-tank qui ambitionne de réfléchir à l’Italie de demain: prémices d’un parti politique qui réunirait centre-droit et centre-gauche? Italia Futura a appelé ouvertement à l’abstention aux dernières régionales et s’est ensuite félicité du mauvais score de la participation, signe d’un « sursaut de dignité civile ». Montezemolo, très présent lors des conférences de la fondation depuis 6 mois partout en Italie écrit dans un billet sur le site : « la qualité d’une classe dirigeante se mesure à sa capacité à gouverner le changement ». Osera-t-il se lancer dans la course?
Ses plus?
Son image de grand patron à succès, qui jouit d’une bonne image à l’international – Nicolas Sarkozy l’a fait commandeur de la Légion d’honneur en décembre 2008. Un profil séduisant d’entrepreneur hyperactif qui pourrait concurrencer Berlusconi sur son côté centre-droit. Son intérêt pour la formation des élites (il est directeur de la Luiss, l’université internationale des études sociales de Rome, l’équivalent de Sciences-Po). Une certaine élégance renforcée par une carrière (avec ses hauts et ses bas) fondée sur des valeurs sûres de l’Italie contemporaine (le sport automobile, le foot) et des marques de prestige très Made In Italy (Ferrari, Fiat). Un homme « neuf » qui présente bien et pourrait avoir envie de jouer la carte du candidat providentiel.
Ses moins?
Son côté aristo du Nord saura-t-il plaire aux électeurs? Quelques casseroles aussi côté Juventus et Coupe du Monde 1990, des interférences possibles avec la gestion de la Fiat dans un contexte économique difficile, pas d’expérience politique concrète, ni de parti pour soutenir sa candidature (pour l’instant).
Même s’il est largement en tête avec 18% des sondés (le second est à 11%), il est loin de faire l’unanimité. Un résultat d’autant plus modeste que près d’1/3 des sondés (32%) déclare n’être convaincu par aucun des 7 candidats proposés…
Et Berlusconi, qu’en pense-t-il?
« Montezemolo me copie. Il y a déjà un homme nouveau et c’est moi. Il a les même idées que moi mais il n’a pas d’armée. » (Libero, 25 mai 2007)
A demain avec Pier Luigi Bersani.


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